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Die Angst ist ein Kleid…

aus

Schatten (Eurydike sagt)

Schaubühne am Lehniner Platz (Berlin)

von Elfriede Jelinek

Regie Katie Mitchell

mit Julie Böve, Stephanie Eidt, Renato Schuch, Maik Solbach

Euridike kehrt aus dem Reich des Todes zurück in das Leben. Orpheus, der gefeierte Sänger, führt sie zurück durch Tunnels, über düstere Korridore, dunkle Afzugsnächte hinauf und fährt die durch endlose, leere unterirrdische Straßen. Während ihrer Reise erinnert sie sich, wie sie zu Lebzeiten als Autorin stets im Schatten ihres Gelienten Orpheus stand, in ihrer Gesellschaft, die für sie keinen eigenständigen Platz vorgesehen hatte. Je näher sie dem Ende ihrer Reise kommt, desto klarer wird sie sich über die Tatsache, dass ihr die schattenhafte Nicht-Existenz im jenseits viel lieber ist, als ein fremdbestimmtes Leben im Körper einer Frau.

Elfriede Jelinek setzt in « Schatten (Euridike sagt) » ihre Beschäftigung mit weiblichen Mythen aus feministischer Perpestive fort. Zum ersten mal inszeniert die britische Regisseurin Katie Mitchell, die regelmäßig an der Schaubühne arbeitet, einen Text der mit dem Literatur-Nobelpreis ausgezeichneten österreichischen Autorin. Zusammen mit einem Ensemble und Sounddesignem erfindet sie in ihrer Inszenierung mit Live-Video auf der Bühne Bilder und akustische Räume für Euridikes unfreiwillige Reise aus dem Reich der Schatten zurück in die patriarchale Zivilisation.

Michèle Jung

Berlin, le 4 décembre 2016

1 commentaire pour Die Angst ist ein Kleid…

  • Michèle Chazeuil

    Nous avons déjà pu découvrir deux propositions fortes et singulières que la metteuse en
    scène anglaise a créées avec les acteurs de la Schaubühne : Mademoiselle Julie d’après
    Strindberg au Festival d’Avignon et Die gelbe Tapete d’après Charlotte Perkins Gilman au
    Théâtre de l’Odéon. Au Festival d’Aix-en-provence, elle a mis en scène de très beaux
    spectacles comme Written on Skin, Alcina, Pelléas et Mélisande.

    Le travail de Katie Mitchell se caractérise par des lectures psychanalytiques des oeuvres dont la
    figure centrale est souvent une femme : Christine dans Mademoiselle Julie, Ophélie dans
    Hamlet et ici Eurydice, l’épouse d’Orphée. Celle-ci est représentée comme une femme
    d’aujourd’hui. Elle est au volant d’une voiture lorsque le spectacle commence. Son téléphone
    sonne. Le nom d’Orphée apparaît sur l’écran, elle décroche. Orphée, chanteur à minettes, est
    dans sa loge, juste avant son concert à Berlin, il lui demande ce qu’elle fait, pourquoi elle n’est
    pas déjà là. Orphée est une caricature de l’artiste machiste, du mâle possessif, nombriliste
    dont la compagne ne sert qu’à le rassurer et assouvir ses besoins sexuels. Ainsi, une fois
    Eurydice arrivée, il lui fait l’amour vite fait bien fait sur un coin de table avant d’entrer en scène.
    Pendant le concert, un serpent s’échappe de sa boîte en plastique et vient mordre Eurydice au
    pied. Celle-ci tombe au sol et meurt sur une civière, à peine arrivée à l’hôpital.
    C’est alors que commence le voyage d’Eurydice au royaume des morts. Dans une ambiance
    de thriller, on voit la femme descendre de nombreux étages dans un ascenseur glauque,
    traverser un dédale de couloirs sombres, être prise en main par un gardien, chauffeur d’une
    coccinelle Volkswagen qui lui fait traverser un tunnel interminable. Seule, elle se retrouve dans
    une obscurité oppressante, se débat, frappe des parois imaginaires puis s’assoupit. C’est
    alors qu’elle entend la voix du chanteur qui cherche à la retrouver. Lucide, elle sait combien
    elle est traitée par cet homme comme son objet, sa propriété. Alors qu’il la ramène sur terre
    contre son gré, elle le quitte et retourne seule vers les abîmes. Sur terre, elle est l’ombre de
    son mari, humiliée et inutile, incapable d’accomplir ce qu’elle veut le plus : écrire. On la voit
    tenter de taper quelques phrases plates sur son ordinateur portable. Si elle refuse désormais la
    lumière, c’est pour acquérir sa propre liberté et son indépendance, pour chercher la paix dans le
    monde souterrain. Partie, disparue sous terre, dépossédée d’elle-même, et littéralement nue,
    elle se saisit d’un stylo, se met à écrire et jubile « pas de bonheur, pas de malheur désormais,
    ombres et noirceur ».

    Cette dernière image crue et saisissante fait écho au choix radical
    d’Elfriede Jelinek de vivre cachée, loin du monde.

    La scène de théâtre est ici un plateau de tournage où les caméras suivent les comédiens dans
    tous les recoins de l’espace conçu par Katie Mitchell et son équipe. On assiste à la réalisation
    et au montage en direct d’un film diffusé sur un écran au-dessus de la scène. On ne peut être
    que stupéfaits par la complexité et l’inventivité du dispositif ainsi que par l’apparente simplicité
    avec laquelle techniciens et comédiens évoluent sur le plateau, manipulent les décors et les
    caméras. Ce spectacle est une réussite totale tant pour la pertinence de cette relecture
    moderne que pour la qualité des interprètes et notamment le jeu intérieur, précis de Jule Böwe
    dont la présence muette et hypersensible captive autant que la profondeur de son regard,
    l’extrême concentration, l’anxiété, le soulagement qui se dessinent sur son visage et que
    capturent les gros plans.
    Ornella

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