À propos de Michèle JUNG

Docteur d'Université en psychanalyse

Les Barbares

Les Barbares Alexeï Maximovitch Pechkov, dit Maxime Gorki Mise en scène, Éric Lacascade Traduction, André Markowic CDN Normandie-Comédie de Caen

Je n’avais pas lu le texte… Je n’ai pas raté un mot de l’histoire, cette histoire de vies qui tournent à vide la plupart du temps. La vie… à laquelle chacun des protagonistes s’acharne à trouver une définition, sinon un sens, histoire de la rêver ou de s’en arranger. La vie… à laquelle ils cherchent vainement une issue, en désirant que quelque chose change, mais sans savoir quoi ni comment. Et, lentement, tout se détruit… La vie…

N’allez pas croire que c’est triste, on rit beaucoup à ce spectacle. « Nous ne sommes plus dans le regret du monde ancien que développent les héros tchékhoviens mais de plain-pied dans le nouveau monde, celui des barbares… dans cette Russie pré-révolutionnaire de 1905», dit le texte du programme.

Le monde des « barbares »… Le barbare… Der Unmensch…La barbarie… Le problème de fond est de déterminer si la barbarie est un fait de nature ou un fait de culture (Bildung). La question est finalement politique (cf Vocabulaire européen des ohilosophies, page 1306) : barbares sont ceux qui supportent, voire qui appellent le despotisme. Comme l’esclave dans la maison du maître, le barbare est de facto gouverné despotiquement, il a besoin d’un maître, c’est ce que nous enseigne Aristote.

Alors, dans cette pièce, qui sont les barbares ? Les habitants de cette petite ville de province oubliée de l’Empire russe, ou les deux ingénieurs qui débarquent, pour y construire un chemin de fer ?

Ne répondez pas trop vite. Allez voir cette pièce. Nous en reparlerons…

(Elle se joue dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes, en Avignon, du 17 au 25 juillet prochain).

Michèle Jung 28 juin 2006

Bérénice

Bérénice Racine/Delaigue La Cigalière, le 27-11-04

Spectacle dépouillé à l’extrême : décor, costumes. Le tout somptueux, sobre, aucune distraction possible. Et le travail sur la langue est réussi, elle ne tombe pas dans l’uniformité, c’est une langue d’aujourd’hui, présente, vivante, de laquelle le sens apparaît, très clair. Pour parler, on s’assied ou on se dirige vers l’avant-scène. Le dit, sur les chaises… Aujourd’hui, j’aurais aimé avoir repéré ce qui s’y disait — justement, rien ne semblant laissé au hasard. Les déplacements, une superbe chorégraphie. Quel talent ! J’ai en mémoire cette phrase de Roland Barthes qui dit que Racine “ composait ” en marchant et en battant la mesure. Et c’est comme ça que les comédiens portent les mots dans leurs pieds lorsqu’ils viennent les dire à l’avant-scène en traversant des zones d’ombre et de lumière, très beaux éclairages. La musique. Surprenante, cette musique. Surprenante, pas gênante. Mais je l’ai entendue, plusieurs fois.

Pour moi, la seule faiblesse, c’est la faiblesse de toute compagnie ayant des comédiens permanents, il faut leur donner un rôle. En l’occurrence, Titus est vraiment léger, y compris physiquement, mais je ne sais pas quel âge il a dans la pièce de Racine. La direction d’acteur… j’aurais… Bérénice, au cours du spectacle, devient de plus en plus hystérique, c’est un peu dommage, elle crie trop.

J’ai aimé la présence de Philippe Delaigue (alias Paulin), dans le texte, certes, mais sur scène ne laissant pas le choix à Titus.

J’ai eu beaucoup de plaisir à revoir cette pièce, tragédie, certes, mais pas héroïque du tout. J’avais oublié que ce n’était pas une tragédie du sacrifice, mais l’histoire d’une répudiation que Titus n’ose pas assumer… Mais là, on entre dans la psychologie…

À M. B., le 28 novembre 2004

Apert

Cher Olivier,

En rentrant de La Chartreuse, j’avais lu votre texte, mais je n’étais pas assez disponible pour écrire. Je le fais aujourd’hui, premier jour d’une « vacance » qui me ravit. Le voïvode & le chanteur… Et bien… allons-y ! Je me mets à la table du festin — als Kalligraph — pour tenter de dire, de donner — moi aussi — quelque chose, chose de ce « quelque » qui n’est pas rien, même si mon ignorance de ce que je vais écrire est grande, quasi nécessaire, voire salutaire. L’exercice est périlleux quand on voudrait sortir de « J’ai aimé », « Je n’ai pas aimé », « C’est très intéressant », voire « C’est somptueux », ou encore « Votre écriture, cher Olivier, m’interroge » ! Expressions qui vous (l’auteur) laisse Gros-Jean comme devant. Alors, je vous parlerai — sans le qualifier — de mon rapport à ce texte.

Votre reformulation du mythe — que vous faites apparaître dans sa dimension voïvoïdale — est posée simplement : un matériau brut, sobre, disponible qui fait ressortir l’aspect sacré, rituel de cette tragédie habilement déguisée en drame profane et tristement humain. Elle donne à entendre au lecteur — agacé ou fasciné… c’est selon — ces phrases imprécatoires écrites dans une langue moderne avec des mots souvent violents, grossiers, crus. Martelés, ces mots rythment les stations que traverse cet empaleur lubrique, lorsqu’il pressent « l’aubel’horreurfrissonnante ». Surtout, ne pas chercher à comprendre, se laisser guider — puis séduire — par les indices donnés, vaciller dans les absences — voire les trous noirs — se laisser piéger, essuyer les injures.

Perversité des personnages / Perversion de la structure du texte, plié, déplié, replié, redéplié et exploré dans ses fissures — blessures verticales — qui accrochent des pans de lumière, de cette lumière propre à nous éclairer nous-même sur les « appétitions » qui nous guident. Je ne suis pas gênée par votre procédé d’écriture qui consiste à accoler des séries de mots, je le suis par contre par le fait qu’il y a des exceptions : autre perversion ?

On sait que les effets de théâtre sont possibles, en partie, grâce à la présence de processus qui s’apparentent à ceux de la dénégation (Verneinung) : il faut que ce ne soit pas vrai, que nous sachions que ce n’est pas vrai, afin que les images de l’inconscient soient vraiment libres. Le théâtre alors, joue un rôle proprement symbolique. Quand la toile se lève, les puissances imaginaires du Moi sont à la fois libérées et organisées — dominées — par le spectacle. En espérant que les lectures qui seront faites de votre texte par les professionnels de la mise en scène feront que le rideau se lèvera bientôt sur la représentation de : Le voïvode & le chanteur.

Un auteur roumain, Victor Scoradet, dit : « Le public ne va pas au théâtre pour oublier le monde où il vit, mais pour le comprendre ». Et voilà pourquoi votre fille est muette !

Lunel, le 8 mai 2002 Michèle Jung

Ornella fait son théâtre

Photo : Philippe Asselin

Je fais mon théâtre depuis plus de 30 ans, et j’ai décidé de vous faire partager ma lecture originale des scènographies contemporaines, et de vous mener sur mes chemins de traverse.

Vous y retrouverez, pêle-mêle, mes Lunéliades, Vidourlades,Teutonades et avignonades qui expriment mes coups de coeur et mes coups de sang.

N’hésitez pas à enrichir ce blog de vos commentaires !

Radical – Matériau Penthésilée 2006

Photo : Philippe Asselin

Espace Pier Paolo Pasolini – Valenciennes

 

En mars et avril 2006, « Chantier Penthésilée » prend toute sa place dans le cadre d’une manifestation plus générale intitulée « Radical« , et qui regroupe danse, musique et théâtre.

Plus précisément, pour ce qui concerne le théâtre, c’est à dire :

« Matériau Penthésilée, Chantier 3/Le jugement« ,

le travail reprend à partir de la scène XV du texte de Heinrich von Kleist, et sur les thèmes qui y sont présents : l’amour, l’impossibilité de l’amour, la guerre, le mythe.

Marie-Odile Raux, membre du jeune Théâtre International écrit :

« Guidée par son amour des textes, Nathalie Le Corre, a fait elle-même acte d’auteur. A l’image de Penthésilée qui dévore le corps d’Achille, elle incise le le texte de Kleist et en pénètre la chair. Les mots sont devenus matière qu’elle mache et mastique jusqu’à démembrer l’entité de l’écrit. (…) La scène XXIV nous conduit au jugement de Penthésilée, au jugement de sa barbarie. (…). »

Demeure la question de la présence d’Achille, comment va-t-il pouvoir entrer en scène, voire imposer sa présence ? Et si, dans les travaux à venir, c’était Kleist lui-même qui donnait la réplique à Penthésilée…

Wie kann man auf Deutsch übersetzen : « L’inconscient est structuré comme un langage » (Jacques LACAN – L’étourdi)

Photo : Philippe Asselin

Psychoanalytisches Seminar 2005 – 2006
Ein Vorschlag von Michèle JUNG für eine Arbeitsgruppe

Version française

In “ L’étourdit ” (Autres écrits, Seuil 2001, p449-495), sagt Jacques Lacan :

L’inconscient est structuré comme un langage ”,

Wie kann man diesen satz auf Deutsch ûbersetzen ?

Das Bindewort (die Konjonktion oder das Adverb) “ comme ” stellt ein Problem dar, weil man es mit “ wie ” oder mit “ als ” übersetzen kann. Und dem gemäß… ist die Bedeutung nicht dieselbe ! Dieses Jahr will ich in meinem Seminar diese Arbeit unternehmen — um dem Stil und der Absicht Lacans möglichst treu zu bleiben, wenn er diesen Satz äußert.

Erste Sitzung am Montag 9. Januar 2006 um 20 Uhr

338, avenue Louis Abric – 34400 Lunel (Frankreich)

Wir werden mit den folgenden Texten arbeiten :

  • “ L’Étourdit ” 1972, in : Scilicet 4, Le Seuil 1973, ou in : Jacques Lacan. Autres écrits, page 449.*
  • “ Fonction et champ de la parole et du langage en psychanalyse ” 1953, in : Écrits, page 237.
  • “ Position de l’inconscient ” 1960, in : Écrits, page 829
  • “ L’instance de la lettre dans l’inconscient ou la raison depuis Freud ” 1957, in : Écrits, page 493
  • “ Die Sprache und das Ding, Freud und Lacan ”. Hans-Dieter Gondek.
  • Und anderen …

Synthese der Arbeit

von Januar bis Juni 2006, das heißt 6 Sitzungen

Folgende Personen haben ihre Betrachtungen mitgebracht : Ricardo Avenburg, Psychoanalytiker (Buenos Aires) ; Jean-Pierre Bourgeron, Psychoanalytiker (Paris) ; Michel Luciani, Professor-Agrégé für Deutsch (Paris) ; August Ruhs, Mitbegründer der « Neuen Wiener Gruppe/Lacan-Schule » (Vienne).

Zuerst haben wir über einen Text gearbeitet, den uns August Ruhs geschickt hat : « Die Sprache und das Ding » von Hans-Dieter Gondek[1]. Die Seiten 12 und 13 stellen die Frage der Übersetzung : wie könnte man in diesem Satz von Lacan das Wort « comme » übersetzen ? Mit « wie, oder mit « als » ?

Wenn Dieter Gondek sagt : « Und die Unterscheidung von Wortvorstellung und Sachvorstellung mit all ihren Implikationen erweckt unmittelbar den Eindruck, daß für Freud das Vorbewußte und das Bewußtsein sprachlich, das Unbewußte dagegen nicht-sprachlich seien, was ja wohl der vielzitierten These Lacans, das UnbewuBte sei struktuiert wie eine Sprache, widersprechen dürfte». So stimmt seine Bemerkung mit dem Text von Jean-Pierre Bourgeron überein. Jean-Pierre Bourgeron schreibt mir : « Ich glaube nicht, daß das Unbewußte wie eine Sprache struktuiert ist. Lacan hat immer das Unbewußte und das Vorbewußte verwechselt. Es gab eine Zeit, wo ich mit Logikern gearbeitet habe, um herauszufinden, ob ein formelles System existiert, um die unbewußten Mechanismen zu bestimmen. Nach jahrelanger Forschung sind wir zum Schluß gekommen, daß kein logisches System über das System des Unbewußten Rechenschaft ablegen konnte. Die Mechanismen des Ich, die teilweise unbewußt sind, können mit Mechanismen der Sprache verglichen werden ; was aber das Unbewußte betrifft, so ist dies ein melting pot, wo alles möglich ist, folglich ohne Struktur ».

Dies stimmt auch damit überein, was Ricardo Avenburg in seinem Brief vom 11. Januar 2006 ausführt. Zuerst analysiert er unseren Vorschlag mit einer sehr feinen Betrachtung der Möglichkeit oder Unmöglichkeit « wie » oder « als » in der Sprache zu benutzen. Dann stellt er eine grundsetzliche Frage : « Von welchem Unbewußten spricht man hier ? Vom verdrängten (dynamischen) Unbewußten ? Vom « sistémique » Unbewußten ? (das eigentliche Unbewußte) ? Ich stelle mir vor, daß es sich nicht um das beschreibende Unbewußte handelt, das das Vorbewußte mit umfasst… Eine prächtige argumentierte Analyse, die ihn zu dieser Synthese führt: « Das Unbewußte ist wie eine Sprache strukturiert », sagt Lacan ; ich sage lieber : « Der psychische Apparat wird durch die Strukturierung verschiedener Sprachniveaus und seine teilweise Destrukturierung mittels Verdrängung gebildet. »

Michel Luciani, stellt diese Übersetzung von Renate Weberberger vor : « Das Unbewusste ist strukturiert wie eine Sprache » und die seinige : « Das Unbewusste hat die Struktur einer Sprache ». Er fügt hinzu: « So vermeiden wir die Qual der Wahl, nämlich das Problem der Unterscheidung zwischen « als » und « wie », wobei, wie mir scheint, der Inhalt doch eigentlich korrekt wiedergegeben wird. Ich bin mir darüber im klaren, dass das Wort « structuré » raffinierter als durch « Struktur » übersetzt werden kann. So mag dieser Übersetzungsvorschlag als erster Ansatz/Versuch angesehen werden. »

Warum nicht. Wir wollen die Schwierigkeiten aber nicht umgehen. Wir denken, daß diese Suche nach der passenden Übersetzung — durch die Überlegung, die Lektüre und den Austausch, die sie uns abverlangt — uns erlaubt, dem Gedanken Lacans am nächsten zu sein, wenn er diesen Satz ausspricht.

Am Ende dieses Studienjahres werden wir uns damit begnügen, was Lacan selbst über seine Äußerung gesagt hat : « Mein Sagen, daß « l’inconscient est structuré comme un langage » liegt nicht in dem Bereich der Linguistik. Es ist eine offene Tür auf das hin, was Sie in der nächsten Nummer meiner gut bekannten Nicht-Zeitschrift L’Étourdit — d,i,t — lesen können. Eine offene Tür für diesen Satz, den ich letztes Jahr mehrmals an die Tafel geschrieben habe, ohne ihm eine Erklärung zu geben — was man sagt, bleibt vergessen hinter dem, was gesagt wird, in dem was man hört.

Dies wird für dieses Jahr genügen. Das nächste Jahr planen wir, auf der Basis des Briefs von Ricardo Avenburg und von ihm empfehlenen Lektüre, weitergehen.

Wenn Sie gerne an dieser Arbeit teilnehmen, andere Vorschläge machen, oder einfach reagieren wollen… Das Seminar wird im Januar 2007 weitergehen, in Lunel (Frankreich). Bitte sagen Sie nicht: Oh ! Das ist in der Provinz! Nein, es ist in der Region! In der Région Languedoc-Roussillon…

Michèle Jung

Lunel le 1er octobre 2006


[1] Gondek ist eine der wichtigsten Lacan-Übersetzer derzeit.