Lust an der Grenze 2…

East side Gallery, Berlin

Lust an der Grenze

Phantastische Konstruktionen der Einmauerung und des Ausgeschlossenseins

Ein öffentliches Seminar der Freud-Lacan-Gesellschaft Berlin

Leitung: Claus-Dieter Rath

Samstag 6. März 2021 (17.15h – 19h) à Berlin

(Lire la version allemande)

Une frontière fantôme hante nos sociétés. La chose apparaît comme une oisiveté absente et rêveuse et crée un sentiment d’auto-libération et de triomphe secret – accompagné d’agonie et de mépris de soi. Ce n’est donc pas du dolce farniente et cela diffère de l’ennui parce que quelque chose appelle à l’adaptation et au rejet. Un plaisir inhibiteur indissociable jusqu’à ce que la bulle menace d’éclater. (Intro CD Rath)

Susanne Hübner (Berlin): La procrastination – un symptôme hystérique?

Le terme «procrastination», dans sa signification de report chronique et problématique d’activités urgentes en suspens, est devenu le slogan d’un certain nombre de conseillers en affaires et en psychiatrie depuis environ deux décennies. En suivant quelques conseils basiques et banals d’autogestion, un soulagement rapide est promis au travail et dans la vie de tous les jours. Les groupes ciblés sont principalement les étudiants, les universitaires et les indépendants, considérés comme particulièrement vulnérables. On se demande cependant pourquoi le besoin de conseils en matière de procrastination persiste alors qu’il semble si facile à surmonter, surtout dans un milieu bien informé et déjà exercé à faire face à des tâches complexes.

Du point de vue de la psychanalyse, il est évident de voir la procrastination comme un autre «décalage» au travail, qui vient d’une «scène différente». Ce qui est étonnant, c’est que le dépassement constant de délais importants met sa propre existence en danger, mais les personnes touchées savent généralement comment maintenir la vie dans / en état de crise à un niveau relativement élevé – malgré l’effort supplémentaire souvent non négligeable qui s’accompagne de procrastination avancée. Le désastre est également tergiversé. Le procrastinateur sait impliquer quelqu’un d’autre, généralement au rang de représentant paternel, dans une scène où il lui appartient de lui accorder à plusieurs reprises un répit (période de potence) …

À la suite de quelques réflexions de Freud sur le symptôme et les possibles conflits d’ambivalence sur lesquels il se fonde, j’essaye d’éclairer ce drame dans ses aspects tragiques aussi bien que comiques. Une autre question à débattre pourrait être la raison pour laquelle la procrastination, dont le travail est susceptible de remplir des volumes dans les classeurs de l’administration, se concrétise dans un monde bien organisé et économisé. Y a-t-il là une complicité secrète?

Recommandé pour la lecture: (Ceux qui se sont inscrits peuvent recevoir les textes de Krauss et Macho pour une lecture préparatoire.)

  • Freud, Sigmund (1926d): Hemmung, Symptom und Angst. GW 14, S. 111-205.
  • Freud, Sigmund (1928b [1927]): Dostojewski und die Vatertötung, GW 14, S. 399-418.
  • Krauß, Anja (2018): Prokrastination und die Gunst der Stunde, in: psychosozial 153 (s. u.)
  • Israël, Lucien [1976 i. Org.]: „Die Hysterie ist ein Kampf“, in: Die unerhörte Botschaft der Hysterie. 6. Auflage. München: Ernst Reinhardt Verlag (2020). S. 118-125

Weiterführende Literatur:

  • Kirchhoff, Christine u. a. [Hg.] (2018): Prokrastination. psychosozial 153

Les participants à ce séminaire explorent la fonction de tracer et de franchir les frontières telles qu’elles apparaissent dans l’expérience psychanalytique et politique.

Celles-ci incluent les questions suivantes: si des spectacles aux frontières sont mis en scène partout aujourd’hui, la psychanalyse peut-elle être capable d’éclairer le désir et la rébellion qui y sont actifs et de reconnaître des liens, par exemple, avec les problèmes du moi-corps et l’occupation de zones? Comment la démarcation, l’exclusion et la limitation, l’isolement, le confinement dans la névrose, la psychose, la perversion fonctionnent-ils psychologiquement? Et comment change le plaisir / le déplaisir et la douleur ? De l’attachement et de la délivrance ? Que font les différents types de défauts ? Comment – «Plaisir à la frontière» – le plaisir peut-il contenir la jouissance exubérante?

Réussissons-nous à décrire les relations entre l’organisation psychologique et

  • l’image horrible propagandiste de l’ouverture des frontières, à la suite de laquelle la population locale et sa culture sont censées périr dans un flot de migrants,
  • les compulsions d’identification subjective et collective, la politique de l’altérité, l’évocation d’une identité de groupe particulière et un désir diffus de souveraineté,
  • peur de la mondialisation, désir de frontières et efficacité des promesses de libération qui séduisent à être inclus dans les systèmes de communication et de signalisation,
  • la fascination pour abattre les frontières ou aux passages frontaliers (calculés, provocateurs, sans tête),
  • la coexistence de sentiments bruts et la plus haute sensibilité au narcissisme des petites différences,
  • la levée des contrôles aux frontières ou leur réintroduction (également en ce qui concerne la correction linguistique et morale ou les lignes directrices et normes esthétiques et écologiques) ?

Comment ces processus sont-ils véhiculés dans les mythes collectifs et individuels? Quel rôle jouent la langue, la topologie (avec ses barrières et ses nœuds) et la sexualité à cet égard ?

Étudions aussi la frontière comme lien de connexion, c’est-à-dire le trafic frontalier entre les «royaumes, régions, provinces dans lesquels nous divisons l’appareil de l’âme de la personne» (Freud: La décomposition de la personnalité psychique, GW XV, p. 79 ).

« Normalement, rien n’est plus sûr pour nous que le sentiment de nous-mêmes, notre propre ego. Cet ego nous apparaît comme indépendant, uniforme, bien éloigné de tout le reste. Que cette apparence soit une tromperie, que l’ego soit plutôt intérieurement sans frontières nettes dans une recherche psychanalytique inconsciente qui nous doit encore beaucoup d’informations sur le rapport de l’ego au ça, nous a appris que la recherche psychanalytique se poursuit.

La pathologie nous enseigne un grand nombre d’états dans lesquels la délimitation de l’ego du monde extérieur devient incertaine, où les frontières sont vraiment mal tracées. Les cas dans lesquels des parties de notre propre corps, même des morceaux de notre propre vie mentale, des perceptions, des pensées, des sentiments semblent étrangers et n’appartiennent pas à l’ego, d’autres dans lesquels nous attribuons au monde extérieur ce qui a évidemment son origine dans l’ego et qui devraient être reconnus par lui. Ainsi, le sens de l’ego est également sujet à des perturbations et les frontières du Moi ne sont pas permanentes.  »

Freud (1929): Le malaise dans la culture, GW XIV, p. 423f.

Lust an der Grenze…

An Ulrike von Kleist. Frank Stella. New York, 2001.

An Ulrike von Kleist. Frank Stella. New York, 2001.

Phantastische Konstruktionen der Einmauerung und des Ausgeschlossenseins. Ein öffentliches Seminar der Freud-Lacan-Gesellschaft Berlin. Leitung: Claus-Dieter Rath

Samstag 13. Februar 2021 (17.15h – 19h):

Negationismus, Verwerfung und psychotischer Negativismus

Auch dieses Mal bezieht sich das Seminarthema „Lust an der Grenze“ auf individuelle und kollektive Dimensionen des Wissens und des Nichtwissenwollens.

Verwerfung nennt Freud drei verschiedene Formen der Ausgrenzung bzw. der Nicht-Annahme. Die erste davon, die uns diesmal interessiert, kommt ohne eine kritische Urteilsfindung reflexhaft zur Abweisung eines behaupteten unerträglichen Sachverhalts. Dieser wird als inexistent und seine Behauptung zu einer niederträchtigen Lüge bzw. zum Inhalt einer Verschwörung erklärt. Diese Form der Verwerfung kann Vernichtungswünsche aktivieren, etwa in Gestalt von Vorbereitungen auf einen „Tag X“ des großen Reinemachens.

Das Wort Negationismus, das bislang für die Leugnung eines Völkermords, besonders des organisierten Mordes an den Juden im Nationalsozialismus, reserviert war, wird nun auch im Zusammenhang mit der Leugnung der COVID-19 Virus-Pandemie gebraucht.

Können die Entstehung und die Wirkungen dieser gemeinhin als „irr, verrückt, hirnverbrannt“ bezeichneten Äußerungen durch klinisch-theoretische Konzepte der Psychoanalyse wie Verneinung, Verwerfung und Negativismus erhellt werden?

Und steckt in neurotischen und psychotischen Konfigurationen der Verwerfung etwas „Virales“, das sogar stabilere Massenbildungen herstellen kann?

Einleitung C.-D. Rath

„Die Bejahung – als Ersatz der Vereinigung – gehört dem Eros an, die Verneinung – Nachfolge der Ausstoßung – dem Destruktionstrieb.

Die allgemeine Verneinungslust, der Negativismus mancher Psychotiker ist wahrscheinlich als Anzeichen der Triebentmischung durch Abzug der libidinösen Komponenten zu verstehen.“ (S. Freud [1925h]. Die Verneinung. GW 14, S. 15; SA 3, S. 376.)

„Verwerfung hat bei Freud drei Valenzen: 1. als Vorstufe der Verdrängung, d.h. als forclusion im Lacan’schen Sinn, 2. als die Verdrängung selbst, 3. als ein neuer, ökonomisch besserer Mechanismus, der die Verdrängung ablöst (als Fortschritt), eine Verwerfung, die nicht auf einem Automatismus beruht, sondern auf einem Urteil. Es gibt Verwerfung also mit und Verwerfung ohne Urteil.“

(C.-D. Rath [2013]: Die »neuerliche Prüfung« als Ziel der Konstruktionen in der Analyse. Drei Arten der Verwerfung bei Freud. In: „Berliner Brief“ [Hrg. Freud-Lacan-Gesellschaft Berlin], Sonderheft VII « Was in der psychoanalytischen Kur wirkt », S. 185-210.)

Peter Müller (Karlsruhe): Negativismus, Verneinung, Verwerfung

« Wo ist der Vater da drin? Er ist im Ring, der alles zusammenhält.“ (Jacques Lacan : Die Psychosen, Seminar III ; s.u., S. 376, frz. S. 359)

Zur Lektüre empfohlen:

– S. Freud (1896): Analyse eines Falles von chronischer Paranoia [Frau P.] (=Weitere Bemerkungen über die Abwehr-Neuropsychosen, Kap. III). GW I, S. 392-403.

– S. Freud: Briefe an Wilhelm Fließ 1887-1904. Frankfurt a.M.: S. Fischer. Brief 112 v. 6. Dez. 1896, S. 217-226.

– J. Lacan: Die Psychosen, Seminar III, Vorlesung XI v. 15. 2. 1956 („Über die Verwerfung eines ursprünglichen Signifikanten“); Abschnitt 3, S. 181-187, bezogen auf den obigen 112. Brief Freuds an W. Fließ (= Brief 52 in der alten Ausgabe).

Barbara Marte (Portici/Napoli): Anmerkungen zum Negativen bei Hegel, Freud und Heidegger

Emil Nolde

Emil Nolde : Le couple. Stiftung Seebüll Ada und Emil Nolde Neukirchen, Allemagne © Nolde Stiftung-Seebüll 1913/1914. Aquarelle, encre indienne 50,3/5 x 36,9/37,3

Emil Nolde : Le couple. Stiftung Seebüll Ada und Emil Nolde Neukirchen, Allemagne © Nolde Stiftung-Seebüll 1913/1914. Aquarelle, encre indienne 50,3/5 x 36,9/37,3

… eine deutsche Legende/ Nationale Galerie, Berlin Hamburger Bahnhof

Der Expressionist Emil Nolde (1867-1956) ist der wohl berühmteste « entartete Künstler » : von keinen anderen Maler wurden während des Nationalsozialismus so viele Arbeiten beschlagnahmt und derartig prominent in der Propagandaausstellung « Entartete Kunst » zur Schau gestellt.

Dass Emil Nolde ein Partei Mitglied war, ist bekannt. Aber was dies mit seiner Kunst zu tun hat (Ich lese Celine…). Hier, in Berlin, werden die berühmten « Ungemalten Bilder » — die kleinformatigen Aquarelle — in einem interessanten Licht präsentiert. Bereits 1938 hatte Nolde angefangen kleine Formate in Aquarellfarbe zu malen. Diese Bilder waren in mehrfacher Beziehung „ungemalt“. Zum einen, weil er sie aufgrund seines Berufsverbotes ab 1941 nicht mehr öffentlich zeigen durfte, und andererseits, weil Nolde vorhatte, diese Blätter später in großformatige Ölbilder umzusetzen, sie also seinem Vorhaben gemäß bis dahin noch gar nicht gemalt waren… Schade für mich, ih hätte gern dieses Bilder in großformatige Ölbilder gesehen.

Dali à Berlin…

 

Dali. "Enlèvement d'Europe"

Dali. « Enlèvement d’Europe »

Diese Ausstellung am Potsdamer Platz ermöglicht mit über 450 Exponaten aus privaten Sammlungen weltweit, den wohl umfangreichsten Einblick in Salvador Dalís virtuose und experimentierfreudige Meisterschaft in nahezu allen Techniken der Kunst direkt in Berlins pulsierender Mitte. „COME INTO MY BRAIN“, lud Salvador Dalí einst selbst ein. Das Museum zeigt in seiner Dauerausstellung Werke aus einem Pool von über 3.000 Sammlungsstücken, die Dalí als Surrealisten auszeichnen : Darunter befinden sich Arbeiten, bei deren Entstehung er mit Musketen auf wuchtige Lithosteine schoss und damit den Bulletismus begründete, mit Nägeln gefüllte Bomben explodieren ließ oder mit einer Dampfwalze über eine Nähmaschine fuhr. Man folgt (ohne Mühe) den Weg in diese faszinierende Welt. Für mich war es heute, den 26. April.

Ornella

 

L’Amûr à Berlin…

Le Caravage Gemälde Galerie - Berlin

Amor Vincit Omnia, Le Caravage, Gemäldegalerie, Berlin

Journée de travail

DIMANCHE 29 AVRIL 2018

10h – 17h

Inscription obligatoire

Après trois années de séminaire itinérant dans le sud-est de la France :

«Nos métiers sont-ils pratiquables sans amour ? »

nous nous retrouveons pour une journée d’étude à Berlin avec nos confrères et amis allemands.

Cette journée prolongera nos travaux et permettra d’entendre comment de Molière à Goethe l’amour se décline dans chaque langue.

Interventions proposées :

C.-D. Rath : Les trois professions impossibles chez Freud

Katrin Becker : L’érotique dans la science

Bernhard Schwaiger : Les trois passions chez Lacan

Philippe Candiago : Quelques mots sur l’amour de transfert dans l’action collective

Jean-Luc de Saint-Just : Le Banquet à trois… au moins…

Martine Gardeux : “Die zwanghafte Sabotierung der Liebe” (L’obsessionnel sabotage de l’amour)

Participation à la journée 5 Euros, Brunch du midi non compris

Lieu : Hardenbergstraße 9, 10623 BERLIN

 

Martin-Gropius-Bau…

Pina Bausch und das Tanztheater,

bis zum 9.1.2017

 

Lichthof des Martin-Gropius-Bau

Lichthof des Martin-Gropius-Bau

Das Herzstück der Ausstellung im Lichthof des Martin-Gropius-Baus ist der Nachbau der « Lichtburg », jenes legendären Proberaums in einem Wuppertaler Kino, in dem Pina die meisten ihrer Stücke gemeinsam mit ihren Tänzern entwickelt hatte. Dieser Raum lädt zur Begegnung mit Mitgliedern des Tanztheaters Wuppertal. Performances, Workshops, Filme, Proben, Gespräche u.a. verwandeln den Ort in einen lebendigen Erfahrungsraum.

Michèle Jung

Berlin, den 8. Dez. 2016

Ulrike, die Vergessene…

An Ulrike von Kleist. Frank Stella. New York, 2001.

An Ulrike von Kleist. Frank Stella. New York, 2001.

Être la sœur,
voire la demi-sœur,
s’appeler Ulrike — comme la mère.

Sie war die Lieblingsschwester Heinrich von Kleists.
Er hatte mit ihr eine zweideutige Beziehung. (Wir müssen nicht
vergessen, daß Kleist eine Perverse Struktur hatte).

Bruchstückhaft kann aus den Briefen Kleists über das Leben Ulrike von Kleists, und die Beziehung zu ihrem Bruder geschlossen werden…

Une disputatio aura lieu sur ce sujet

au « Salon Psy » de Birgit Meyer zum Wischen

à Berlin

le vendredi 9 décembre 2016

Freitag, 9. Dezember 2016, 20:15 Uhr:

§

Ulrike,  die Vergessene…
Dr Michèle Jung

Schwester zu sein,
Sogar die Halbschwester,
Ulrike zu heißen – wie die Mutter

Sie war die Lieblingsschwester Heinrich von Kleists und unterhielt mit ihm eine zweideutige Beziehung.
Ich möchte an diesem Abend entfalten, daß Kleist eine perverse Struktur hatte und wie sich dies gegenüber Ulrike zeigte.

Bruchstückhaft kann aus den Briefen Kleists auf ihr Leben und das Verhältnis zu ihrem Bruder geschlossen werden. In diese Lektüre möchte ich Sie an diesem Abend einführen.

Ort: Antiquariat FUNDUS, Knesebeckstraße 20 (Nähe Savignyplatz), 10623 Berlin
Unkostenbeitrag 5.- EUR

Parler d’amour…

… avec l’Aimée de Lacan.

Marguerite Anzieu alias "Aimée"

Marguerite Anzieu alias « Aimée »

Le 18 avril 1931, Marguerite Anzieu rencontre Lacan, jeune médecin psychiatre, alors qu’elle est internée à l’hôpital Ste Anne pour avoir tenté d’assassiner une comédienne. Il la baptise « Aimée », et fait d’elle le sujet de sa thèse sur la psychose paranoïaque. Que se joue-t-il là, dans le choix de ce prénom ? C’est ce que nous allons travailler pour cette conférence. On verra, en effet, que contaminé par le rapport de Marguerite au savoir, Lacan l’a aimée. Jean Allouch, dans son livre écrit : « elle n’aura pas été sans avoir été, pour lui et pour d’autres par lui, l’Aimée de Lacan ».

« Il y a de fort lointaines et vilaines choses sur moi qui sont vraies,

vraies,

vraies,

mais la plaine est au vent. »

Marguerite Anzieu.

Bibliographie de travail :

Marguerite ou l’Aimée de Lacan ( Jean Allouch)
Pour lire Jacques Lacan (Philippe Julien)
Écrits (Jacques Lacan)
Poésie involontaire et poésie institutionnelle (Paul Éluard)

Cette biographie n’est pas exhaustive elle va évoluer au gré de cette recherche.

Cette conférence sera tenue à Berlin

le vendredi 2 décembre 2016

Michèle Jung

Todestag…

Voguer vers l'Île aux Paons. Photo Michèle Jung

Voguer vers l'Île aux Paons. Photo Michèle Jung

Le mercredi 20 novembre 1811, entre deux et trois heures de l’après-midi, un couple descend d’une calèche devant une auberge de Potsdam, près du Wannsee. Le temps est gris et brumeux en cette saison, les aubergistes de la « Neuer Krug » n’ont guère de clients. Ces deux-ci — un homme et une femme — demandent deux chambres contiguës à Madame Stimming. Ils y déposent leurs rares bagages, et sortent se promener. Comme il n’existe pas de bateau pour traverser le Petit-Wannsee, ils contournent à pied l’une de ses boucles, le jour tombe, le brouillard jette des ombres à la surface du lac. À leur retour, ils commandent un repas léger, de quoi écrire et de quoi s’éclairer. Chacun gagne alors sa chambre où Riebisch, un garçon de l’auberge, a allumé du feu. Dans la soirée, ils descendent boire un café. Tard dans la nuit, ils vont et viennent encore dans leurs chambres en buvant du vin et du rhum, ils écrivent aussi.

Vers quatre heures du matin, Henriette Vogel, puisque c’est elle, descend commander du café, puis encore à sept heures. Dans la matinée, Heinrich von Kleist, puisque c’est lui, paye la note et, précisant qu’ils ne déjeuneront pas à midi, il commande deux lits supplémentaires et établit un menu à l’intention de deux invités qu’ils auront le soir. Peu avant midi, ils dépêchent un commissionnaire à Berlin pour qu’il y porte une lettre, ils remontent dans leur chambre après avoir bu quelques tasses de bouillon. Vers quatorze heures, ils bavardent avec l’aubergiste et lui demandent, en particulier, où se trouvent les Îles aux Paons qu’ils souhaiteraient visiter, mais avant, disent-ils, ils auraient beaucoup de plaisir à prendre le café au bord du lac. Vu la saison, la demande est étrange, et l’endroit choisi se trouve à cinq cents mètres de l’auberge ! Kleist fait remarquer qu’il paiera pour la peine et voudrait qu’on ajoute, pour lui, huit « Groschen » de rhum car la brume commence à tomber et il fait froid. Stimming accepte. Il fait transporter là-bas une table et deux chaises. À trois heures, sa servante s’y rend avec le café, comme prévu. Le couple, joyeux, s’amuse à lancer des pierres qu’il fait ricocher à la surface de l’eau. La servante s’éloigne, elle entend alors deux détonations. Quand elle revient, elle découvre deux corps l’un près de l’autre : la dame, revêtue d’une robe de batiste blanc, d’une fine tunique bleue en crêpe et de gants blancs en chevreau glacé, a une tache de sang sous le sein gauche ; son compagnon, habillé d’une redingote de drap marron, d’une veste de batiste, d’une culotte de drap gris et de bottes, a le visage maculé de sang autour de la bouche. Le soleil s’est couché, à l’horizon un mur de brouillard s’élève — gris-bleu au-dessus de l’eau et des arbres, jaune flamboyant plus haut dans le ciel…

L’annonce de ces deux coups de feu sort le monde littéraire de l’indifférence à l’égard de Kleist.

Michèle Jung, Avignon, 21 novembre 2014