« Ach, es muß öde und leer und traurig sein, später zu sterben als das Herz. »
Heinrich von Kleist, Paris 1801
« Ach, es muß öde und leer und traurig sein, später zu sterben als das Herz. »
Heinrich von Kleist, Paris 1801
Erwin C. Klinzer — architecte du lieu — a sculpté l’espace, l’a chorégraphié et mis en musique.
La musique d’ensemble — als Metapher — qu’il a crée, est écrite pour cinq instruments à vent et… dans l’espace ondulatoire de cette colline — si vous voulez bien vous débarrasser de votre cérumen — vous y entendrez :
Manfred Bockelmann à la flûte, Erwin C. Klinzer au hautbois, Pepo Pichler à la clarinette, Karlheinz Simonitsch au cor, Wolfgang Walkensteiner au basson.
Un quintette… Une quinte… La quinte-essence… qui a permis d’extraire la partie la plus subtile de cette œuvre collective, à savoir le cinquième élément — l’éther — pour l’ajouter aux quatre éléments d’Empédocle. L’éther remplit le vide et sert de support à la propagation des ondes lumineuses — qu’elles viennent des œuvres elles-mêmes, ou de l’Ouvrage.
Comment l’architecte du lieu a-t-il « plié » les œuvres pour qu’elles soient enveloppées dans la transparence de la lumière ? Ce ne fut pas dans un système de correspondances binaires, qui auraient été inévitablement arbitraires ; ce fut dans une symphonie de plis — pli dans les plis, pli sur plis, Pli selon pli — accrochant des pans de lumière, de cette lumière propre à nous éclairer nous-même sur les « appétitions » qui nous guident. Ce fut comme si chaque pli se faisait ou se défaisait en émettant une lueur, entretenant un jeu de transparence, d’opacité, de textures, dont la vision simultanée — par coupes transversales ou verticales — permettrait au spectateur de comprendre sa propre position dans ce paysage orienté.
Paysage orient-é… Orient-ation… L’Orient… Cet Orient qui nous montre le Réel.
Au fil de cette installation : désir d’aimer, de partager, de s’éblouir avec… Désir d’être témoin de ce qui est en acte et en rester bouche bée : « fassungslos ». Nous, spectateurs, sommes arrivés vers ce point où, tout à coup, le langage manque, où il ne reste rien à dire.
Michèle Jung, Klein St Paul, août 2009
Elle s’appelle Hanako… et, à en croire ce que j’ai vu, elle fait un long voyage.
Elle est en marche… Une longue marche qui vient de loin… Une longue marche vers un lieu où corps et langage pourraient s’articuler en paix ? Une longue marche… Non. Pas vers un lieu… vers une matière. Une matière incarnant le vide. Non. Pas le vide… Une matière incarnant le manque. Une matière, support de vibration, ou, peut-être, support d’un état, d’un état de matière. Une matière, support de la vibration d’une substance, d’un élément. D’un élément…, oui. L’éther peut-être ? Quinte essence que je ne connais pas.
Elle n’est pas seule sur le plateau. Sont deux femmes, l’une danse, l’autre pas. Une, danseuse. Une, actrice. Oui, Une, et Une. Et… Une, la poupée. Ça fait trois, ça ? C’est bien la présence du tiers ! Le tiers, indispensable pour qu’il y ait du jeu entre Une et Une…
Longue marche donc, dans un rapport complexe et douloureux au corps. Alors, « faire de l’être physique tout entier une armure» — comme Mishima. Un corps-armure, dans des lambeaux de voile plastique. Et ça fonctionne au plan du Symbolique ! Ça fonctionne, car le corps premier est le corps Symbolique, qui doit s’incorporer à l’organisme, au vivant, pour le modifier — et en faire un corps, justement.
De quoi se soutient ce corps ? De rien. Le corps, dit Lacan ne devient corps que si le langage a mordu sur le vivant. Ici, le vivant, c’est… l’absence ? Une absence vide du vide, du vide laissé par l’absent… Dans l’effroi d’un vide qui crée du manque, mais ne le remplit pas, la place est libre, laissée là, donnée à voir et à souffrir… Offrande insupportable et insoutenable.
Et le langage… ce Lui-là qui doit mordre sur le vivant ! Il mord. Donc, pas mort. Ce sont… glossolalies… mono-syllabes… mono-cordes… mots… lambeaux de phrases… phrases. Phrases comme traces d’un réel affirmé, celui du rapport entre corps et écriture, entre corps et rythme. Poésie de la plainte de l’amante quittée, et qui se croit oubliée à jamais.
À l’origine de ce langage… l’Ursprache du retour aux origines. Une voix d’avant le langage, d’avant le sens dans le monde de la terreur des commencements. Mais ce qui est tombé dans l’oubli n’est pas complètement perdu, il reste au fond de l’être des traces ineffaçables, ineffables et immémoriales qui sont encore en chaos, dans un brouillage qui côtoie l’abime noir, terrifiant.
L’Ursprache, arme du désespoir, dernière arme de celui qui reste, pour tenter en vain de combler ce vide qui lui est laissé, et qui le laisse là, las ! Là, sous (et sur) la table, dans un monde d’humeurs qu’Une et Une s’approprient par le toucher, le contact, l’appréciation des matières, de leur nature, Une et Une gomment lentement, érasent doucement, effacent phonétiquement, estompent définitivement toute perception, toutes différences de matières. Une et Une contaminent irrémédiablement l’Élément. La faille se creuse, la distance s’éloigne, l’effroi du vide, du manque et de l’absence aussi….
L’absent n’a plus de place parmi les vivants, Il n’a plus cette place là.
Michèle Jung, La Chartreuse, le 19 février 2010
http://www.chartreuse.org/Site/Cnes/Residences/Espace_Pasolini.php
Déplier, défaire des plis infiniment petits,
percevoir des figures sans objet dans des pans de plis,
puis les développer — c’est à dire enlever les enveloppes successives,
et découvrir avec un regard halluciné les implications qui compliquent tout,
jusqu’à ce qu’un « Zwischen-fall », un tombé — pli grec vertueux — apparaisse :
une draperie sur laquelle peuvent se former des idées
comme projetées sur la surface de cette pliure… Écriture.
Rückschlag…
Ein Vorschlag von Michèle Jung für eine Arbeitsgruppe
(Die Praxis der deutschen Sprache ist unerlässlich)
Wir dachten, unser Übersetzungsproblem von « comme », im Aphorismus von Lacan : « L’inconscient est structuré comme un langage » gelöst zu haben (cf Synthese der vorigen Seminare). Wir denken es immer noch.
Vor kurzem sind wir einer anderen Übersetzung in einem Text von Roger Hofman und Mitarbeitern begegnet : « Übertragung – Übersetzung – Überlieferung ». Wir wollen diesen Text aufmerksam lesen — und sicherlich andere, die sich anbieten werden – um die Debatte offen zu lassen. Sagen wir es gleich : diese Autoren übersetzen « comme » mit « wie », während wir es mit « als » übersetzen.
Für uns stellt sich das Problem der Analyse der Lacan-Rezeption in Deutschland und in anderen europäischen Ländern. Anders gesagt : was heißt Lacan übersetzen ?
Dieses Seminar findet jeden dritten Montag im Monat bei Michèle Jung in Avignon (Frankreich) statt.
Erste Sitzung am Montag 18. Januar 2010 um 20 Uhr
Contact : Michèle Jung
06 82 57 36 68
michele.jung@kleist.fr
Synthèse
6 Arbeitsitzungen/Januar-Juni
Weil wir uns Fragen stellen über die Rezeption von Lacan in Deutschland und in den anderen europäischen Ländern, haben wir an einem Text von Roger Hofman und Mitarbeitern gearbeitet : « Übertragung – Übersetzung – Überlieferung » (Vortrag anläßlich der Tagung der » Generalstände der Psychoanalyse « , im Juli 2010, an der Sorbonne, in Paris).
Dieser Text, dessen genauer Titel Übertragung – Übersetzung – Überlieferung. Zur Kulturtheoretischen und diskursanalytischen Bedeutung des Verhältnisses von Sprache, Schrift und Unbewußtem lautet, zeigt die Schwierigkeiten, Lacan zu übersetzen, und zwar in Anbetracht folgender drei Dimensionen : der Übertragung (subjektive, klinische Dimension), der Übersetzung (textuelle, hermeneutische Dimension) und der Überlieferung ( soziale und kulturelle Dimension).
Er zeigt auch, dass die Verzögerung der Lacan-Rezeption in Deutschland und anderen europäischen Ländern — abgesehen von der Schwierigkeit des Textes selbst ; den Übersetzungsproblemen ; den Schwierigkeiten, sich gewisse Sitzungen von Seminaren zu verschaffen ; den sehr heftigen Debatten, die sich daraus ergeben ; der Art und Weise der Verschriftlichung — eng mit den Widerständen von J.A Miller und denjenigen des offiziellen Verlegers verbunden ist.
Die Problematik — oder Kunst — der Übersetzung betrifft die schwierige Frage der Transkription des gesprochenen Wortes in den Seminaren Lacans. Daraus folgt, dass jedes Übersetzen von einer Sprache in eine andere den übersetzten Text auf verschiedene Deutungen hin öffnet, was ihn dank der Möglichkeiten und Unmöglichkeiten der Zielsprache verschiebt und so eine Differenz produziert, die das « Original » auf andere, neue Weise lesbar macht.
Die theoriegeschichtliche Rekonstruktion des Werkes von Lacan, die sich idealiter auf den Zeitraum von 1926 bis 1981 beziehen müsste, hat neben der schwierigen Lage der Editions -und Übersetzungspraxis mit weiteren « zerstreuten » Formen der Überlieferung zu tun, Gerade in Deutschland seit Mitte der 70er Jahre.
Aber für uns ging es nicht um diese Frage, wir wollten entdecken, warum unsere Autoren den Aphorismus von Lacan : « das Unbewußte ist struktuiert wie eine Sprache » so übersetzt hatten. Es gibt keine Erklärung. Die Psychoanalytiker interessieren sich sicher für die Sprache, aber man assimiliert sie zu Unrecht mit den Sprachwissenschaftlern, da sie sich nur für die Grenze interessieren, worüber die Sprache stolpert. Das ist es, was unser Interesse an der Übersetzung dieses Aphorismus in die deutsche Sprache erweckt hat. Wir waren über « comme » gestolpert…
(Cf. http://www.kleist.fr/psychoanalytisches-seminar-saison-2007-2008/)
Für uns bleibt diese Frage der Übersetzung weiterhin gestellt. Es wird das Thema unseres Seminars 2010-2011 sein. Dieses Seminar wird mit einer Reise anfangen… einer « richtigen » Reise nach Bregenz, wo sich die Archive von Lacan befinden…
Wir haben mit den folgenden Texten gearbeitet :
– Übertragung – Übersetzung – Überlieferung. Zur Kulturtheoretischen und diskursanalytischen Bedeutung des Verhältnisses von Sprache, Schrift und Unbewußtem. Roger Hofman, Suzanne Lüdemann, Manfred Riepe, Gerhard Schmitz, Marianne Schuller, Georg Christoph Tholen. Paru en 2001, 442 Seite. ISBN 978-3-933127-74-7
– Jacques Lacan. Séminaire V. Les formations de l’inconscient. 1957-1958. Séances du 6 novembre 1957 et du 15 janvier 1958.
– Jacques Lacan. « Conférence à Genève sur le symptôme », prononcée le 4 octobre 1975, dans le cadre d’un week-end de travail organisé par la Société suisse de psychanalyse. In : Bloc-notes de la psychanalyse, 1985, n° 5, pages 5 à 23.
– J.-D. Nasio. Cinq leçons sur la théorie de Jacques Lacan. Petite Bibliothèque Payot, Paris, 1994, pages 15 à 94.
« Nous allons donc continuer ce que je fais ici,
un ici qui est toujours au même temps, ici ou ailleurs » ,
(Jeden dritten Montag Abend des Monats, und dies seit sechs Jahren)
Rebondissement…
(La pratique de la langue allemande est indispensable)
Nous pensions avoir résolu notre problème de traduction de « comme », dans l’aphorisme de Lacan : «L’inconscient est structuré comme un langage» (cf synthèse des Séminaires précédents). Nous le pensons toujours.
Pour avoir récemment rencontré une autre traduction dans un texte de Roger Hofman et collaborateurs : «Übertragung – Übersetzung – Überlieferung», nous souhaitons lire attentivement ce texte — et certainement d’autres qui s’imposeront à nous — histoire de laisser le débat ouvert. Disons-le d’entrée, ces auteurs traduisent «comme» par «wie», alors que nous le traduisons par «als».
Pour nous se pose le problème de la réception de Lacan en Allemagne et dans les autres pays européens. Autrement dit : que signifie traduire Lacan ?
Ce séminaire a lieu chaque troisième lundi du mois, chez Michèle Jung, en Avignon.
Première séance, le lundi 18 janvier 2010 à 20 heures.
Contact : Michèle Jung
06 82 57 36 68
michele.jung@kleist.fr
Synthèse des 6 séances de Janvier à juin
Nous avons — parce que nous nous interrogeons sur la réception de Lacan en Allemagne et dans les autres pays européens — travaillé sur un texte de Roger Hofman et collaborateurs : « Übertragung – Übersetzung – Überlieferung » : un exposé donné lors des « États généraux de la psychanalyse », en juillet 2010, à La Sorbonne à Paris.
Ce texte, dont le titre exact est : Übertragung – Übersetzung – Überlieferung. Zur Kulturtheoretischen und diskursanalytischen Bedeutung des Verhältnisses von Sprache, Schrift und Unbewußtem, révèle les difficultés à traduire Lacan eu égards aux trois dimensions suivantes : die Übertragung (dimension subjective, clinique), die Übersetzung (dimension textuelle, herméneutique) et die Überlieferung (dimension sociale et culturelle).
Il révèle également que le retard apporté à la réception de Lacan en Allemagne et autres pays européens — outre les difficultés du texte lui-même, les difficultés à le traduire, les difficultés à se procurer certaines séances, les débats virulents qui en découlent, le mode de transcription — est intimement lié aux résistances de J.A. Miller et à celles de l’éditeur officiel.
La problématique — ou plutôt l’art — de la traduction concerne la question difficile de la transcription des mots prononcés dans les Séminaires de Lacan. Il en découle que chaque traduction d’une langue dans une autre, l’ouvre à d’autres significations grâce aux possibilités et aux impossibilités de la langue visée, et produit un décalage qui permet de lire le texte original d’une autre façon.
La reconstitution historique de la théorie de l’œuvre Jacques Lacan, qui idéalement devait se référer à la période de 1926 à 1981, a — à côté de la situation difficile des maisons d’édition et de traduction — à voir avec la dispersion des formes de la traduction dans sa dimension sociale et culturelle (Überlieferung), particulièrement en Allemagne depuis le milieu des années 70.
Mais pour nous la question n’était pas là. Nous pensions découvrir pourquoi nos auteurs avaient traduit l’aphorisme de Lacan par « das Unbewußte ist struktuiert wie eine Sprache ». Rien qui puisse l’expliquer. Les psychanalystes certes s’intéressent au langage, et on les assimile à tort aux linguistes, mais ils s’intéressent seulement à la limite où le langage bute. C’est ce qui nous a questionné dans la traduction, en allemand, de cette aphorisme. C’est sur «comme» que nous avions buté…
(Cf : http://www.kleist.fr/comment-traduire-en-allemand-linconscient-est-structure-comme-un-langage-jacques-lacan-letourdit/)
Cette question de la traduction reste posée pour nous. Nous en ferons le thème de notre Séminaire 2010-2011. Ce Séminaire commencera par un voyage… un « vrai » voyage avec déplacement dans l’espace, un déplacement à Bregenz où se trouvent les archives de Lacan.
Nous avons travaillé sur les textes suivants :
– Übertragung – Übersetzung – Überlieferung. Zur Kulturtheoretischen und diskursanalytischen Bedeutung des Verhältnisses von Sprache, Schrift und Unbewußtem. Roger Hofman, Suzanne Lüdemann, Manfred Riepe, Gerhard Schmitz, Marianne Schuller, Georg Christoph Tholen. Paru en 2001, 442 Seite. ISBN 978-3-933127-74-7
– Jacques Lacan. Séminaire V. Les formations de l’inconscient. 1957-1958. Séances du 6 novembre 1957 et du 15 janvier 1958.
– Jacques Lacan. « Conférence à Genève sur le symptôme », prononcée le 4 octobre 1975, dans le cadre d’un week-end de travail organisé par la Société suisse de psychanalyse. In : Bloc-notes de la psychanalyse, 1985, n° 5, pages 5 à 23.
– J.-D. Nasio. Cinq leçons sur la théorie de Jacques Lacan. Petite Bibliothèque Payot, Paris, 1994, pages 15 à 94.
« Nous allons donc continuer ce que je fais ici,
un ici qui est toujours au même temps, ici ou ailleurs » ,
le 3e lundi soir du mois, à vingt heures depuis six ans.
Avec Le Prince de Hombourg,
un voyage en « Perversion » dans l’univers halluciné de Heinrich von Kleist
Conférence donnée à l’Université Paul Valéry à Montpellier
Salle Jourda
le lundi 8 mars 2010 à 17 heures
http://www.univ-montp3.fr/ dans la rubrique Colloques, conférences
En préambule, je dois préciser que le concept de perversion est employé dans l’acception lacanienne du terme. Il s’agit bien de la structure.
Parce que le comportement pervers — fréquemment destructeur — est un ensemble de conduites récidivantes et à orientation antisociale, il se caractérise par l’inacceptation des normes habituelles organisatrices de l’ordre social : le « pervers » cherche constamment à contourner la loi.
La loi est l’instrument de la première articulation, elle est d’abord dans l’acte de parler . Parler, c’est articuler les mots entre eux, les mots aux choses et les choses aux êtres. S’il est vrai qu’elle est ce qui articule, la loi est donc la parole qui s’inter-dit, ce qui se dit entre : entre les mots, entre les césures des lettres et l’espacement des mots ; entre les mots et les choses, dans cette articulation de l’imaginaire et du réel ; entre les sujets, dans la différence qui les fonde dans leur identité.
Et pour Kleist, tout ce qui se passe dans l’entre-deux est sujet à malentendu, ce malentendu est le ressort tragique de ses drames. Il y mène, avec une parfaite sécurité de technique, le dialogue impossible entre un toi et un moi séparés par toute l’épaisseur de leur méfiance réciproque.
Le Prince de Hombourg en sera une belle illustration.
Vous trouverez ici la « critique » de la mise en scène sur laquelle je m’appuierai.
« Ein Traum, was sonst ? », dit Kottwitz à Hombourg.
Une réalité, quoi d’autre… ?, ai-je parodié, en sortant de cette soirée théâtrale, le mardi 2 décembre dernier.
Il est des œuvres mythiques, nimbées de souvenirs, de fantômes d’acteurs et d’ombres de metteurs en scène, de polémiques… On ose à peine y toucher, tout juste rêver… C’est le cas du Prince de Hombourg, de Heinrich von Kleist, qui nous raconte un dilemme cornélien. Et, pour le prince de ce soir là (Gilles Chabrier), la salle du Théâtre Jean Vilar de Romans — tous sexes confondus, —avaient les yeux de Chimène. Kleist eut aimé. Il faut vous dire que la mise en scène était de Françoise Maimone.
Dans cette pièce écrite par Heinrich von Kleist en 1811, il n’y a pas le rêve et la réalité. Il n’y a même pas de rêve éveillé. Il y a deux réalités. Et, pour ceux qui se seraient mépris sur le sens du texte, rappelons que, dans cette pièce, nous sommes dans la Prusse de 1811. Nous sommes dans une situation historique sacrée pour les contemporains de Kleist, car c’est à la suite de cette victoire de Fehrbellin, gagnée sur les Suédois, que l’électorat de Brandebourg va devenir la Prusse. Hombourg est-il héroïque d’avoir désobéi ou finalement obéi ? Kleist fait-il une apologie de la raison d’état ou critique t-il l’écrasement de l’individu par le pouvoir ? Les deux. Et c’est ce qui donne force à ce texte. Françoise Maimone l’a utilisé sans souci d’une quelconque dimension politique, elle nous a rendu l’univers de Kleist familier, très loin des clichés. Kleist qui se proclamait lui-même « inexprimable », est effectivement irrécupérable — en « Aucun lieu » et « Nulle part », dirait Christa Wolf.
Françoise Maimone rend simplement hommage à cet héritier des lumières qui explora surtout leur crépuscule, et Gérard Maimone, lui, l’authentifie par ses « Éclats nocturnes ». Piano, violoncelle. Piano solo. La musique avait été, pour Kleist, un secours. Il a même écrit ces mots étranges, : « J’ai, depuis ma jeunesse la plus lointaine, lié aux sons les idées d’ensemble que me donnait l’acte d’écrire. Je pense que la basse continue implique les idées essentielles permettant de concevoir l’art d’écrire. »
La scénographie, de Brigitte Bosse-Platière, crée un lieu unique et intemporel qui structure l’espace dans lequel Kleist règle son « compte avec le monde ». Des lignes pures, sobres, sombres, densifiées par les lumières crépusculaires de Stephan Meynet. Dans la nuit bleu de Prusse, les costumes de Florence Demingeon distinguent chaque personnage. Le prince est un peu à l’étroit dans le sien, comme Kleist dans sa propre vie, tiraillé entre la Loi et le sentiment. Kleist pose en effet, avec plus de cent ans d’avance, la formule que Georges Bataille explicitera, à savoir que les mots disent difficilement ce qu’ils ont pour fin ultime de dire : le mot nie le but qui, sans cesse négativé, permet la relance de la machine pulsionnelle. Ce que Kleist voudrait, c’est un discours qui atteindrait sa cible, c’est un destin de la pulsion où son objet coïnciderait avec son but, c’est un effet de langage où le discours humain ne serait plus discours du manquement, mais discours de l’effectuation, de la réalisation. Ce qui le fait souffrir, fait aussi souffrir ses personnages : isolement, impossibilité de communiquer, impossibilité de saisir par le langage même la vérité de son être propre — vérité pourtant ressentie consciemment à certains moments. La mise en scène de Françoise Maimone a su créer un espace où ce langage, propre à Kleist, puisse être perçu et compris.
La traduction choisie était celle de Pierre Dehusses et Hélène Kuhn. C’est certainement dans ce français là que Kleist aurait pu écrire sa pièce, s’il l’avait écrite dans cette langue qu’il parlait très bien..
Se laisser conduire par les indices donnés, vaciller dans les absences, se laisser piéger, essuyer les orages … oui, j’ai aimé, sans voir le temps passer…
Michèle Jung
Avignon, 8 décembre 2008
« Ein Traum, was sonst ? » sagt Kottwitz zu Homburg
Eine Realität, was sonst… ?, habe ich diese Replik parodiert, als ich am letzten Dezember diese Theaterveranstaltung verlassen habe.
Es gibt mythische Werke, die durch Erinnerungen, durch Phantome von Schauspielergestalten und durch Schatten von Regisseuren, durch Polemiken, wie mit einem Heiligenschein umgeben sind… Kaum wagt man es, sie anzurühren, gerade nur von ihnen zu träumen. Ein solcher Fall ist das Stück « Der Prinz von Homburg » von Heinrich von Kleist, das uns ein Dilemma erzählt, wie man es bei Corneille finden kann. Für den Prinzen dieses Abends (Gilles Chabrier) hatten alle im Zuschauerraum des Theaters Jean Vilar de Romans — ob Mann oder Frau — die Augen von Chimène. Kleist hätte seinen Gefallen daran gefunden. Es muß noch erwähnt werden, daß die Inszenierung von Françoise Maimone war.
In diesem von Heinrich von Kleist 1811 geschriebenen Stück gibt es nicht den Traum und die Realität. Es gibt nicht einmal Tagtraum, sondern zwei Realitäten.
Für diejenigen, die sich über den tieferen Sinn des Textes getäuscht hätten, möge daran erinnert werden, daß wir, in diesem Stück, in dem Preußen von 1811 sind. Wir befinden uns in einer historischen Situation, die für die Zeitgenossen Kleists heilig ist, denn das Kurfürstentum Brandenburg ist eben in Folge dieses Sieges von Fehrbellin über die Schweden zu Preußen gekommen.
Ist Homburg heroisch, weil er den Gehorsam verweigert hat, oder weil er am Ende gehorcht hat ?
Macht Kleist eine Apologie der Staatsvernunft, oder denunziert er die Vernichtung des Individuums durch die Macht ?
Beides trifft zu — und genau dies verleiht dem Text seine Stärke. Françoise Maimone hat ihn inszeniert, ohne sich um irgendeine politische Dimension zu kümmern. Sie hat uns mit dem Universum Kleists vertraut gemacht, sehr weit entfernt von allen Klischees. Kleist, der sich selbst als « unaussprechlich » bezeichnete, ist nicht zu politischen Zwecken zu benutzen — an « Kein[em] Ort …Nirgends » würde Christa Wolf sagen..
Françoise Maimone huldigt ganz einfach diesem Erben des Aufklärungszeitalters, der vor allem dessen Dämmerung erforschte ; und Gérard Maimone unterstreicht dies mit seinen » Éclats nocturnes » am Klavier und Cello.
Die Musik war ja für Kleist eine Hilfe gewesen. Er hat sogar folgende seltsame Worte geschrieben : » … so habe ich, von meiner frühesten Jugend an, alles Allgemeine, was ich über die Dichtkunst gedacht habe, auf Töne bezogen. Ich glaube, daß im Generalbaß die wichtigsten Aufschlüsse über die Dichtkunst enthalten sind » (À Marie von KLEIST, Berlin, été 1811)
Die Szenographie von Brigitte Bosse-Platière schafft einen einzigen und zeitlosen Ort, der den Raum strukturiert, in dem Kleist mit der Welt abrechnet. Reine, einfache, dunkle Linien, die durch die Dämmerbeleuchtung von Stephan Meynet hervorgehoben werden. In der preußischblauen Nacht kennzeichnen die Kostüme von Florenz Demingeon jede Figur. Der Prinz ist etwas eingeengt in dem Seinigen, genauso wie Kleist in seinem eigenen Leben, zwischen Gesetz und Gefühl hin- und hergerissen.
Kleist stellt tatsächlich mehr als einhundert Jahre im voraus, die These auf, die Georges Bataille eindeutig formulieren wird, nämlich dass die Worte schwer ausdrücken, was sie letzten Endes zu sagen haben : das Wort leugnet das Ziel, das — unaufhörlich verneint — der « pulsionnellen » Maschine immer wieder neuen Aufschwung ermöglicht.
Was Kleist wollte, ist eine Rede, die ihr Ziel erreichen würde ; das ist ein Schicksal des Triebes, wo sein Gegenstand mit seinem Ziel zusammenträfe, das ist eine Wirkung der Sprache, wo die menschliche Rede nicht mehr Rede des Wortmangels wäre, sondern Rede von « effectuation », von Verwirklichung. Dies ist jedoch exakt das, woran er leidet und woran auch seine Figuren leiden : Einsamkeit, Unmöglichkeit, etwas mitzuteilen ; Unmöglichkeit mit der Sprache selbst die Wahrheit des eigenen Seins zu erfassen, dennoch wird die Wahrheit in bestimmten Momenten mit Bewußtsein empfunden. Die Inszenierung von Françoise Maimone hat einen Raum geschaffen, in dem diese Sprache, die für Kleist so charakteristisch ist, wahrgenommen und verstanden werden kann.
Als Übersetzung wurde die von Pierre Deshusses und Helene Kuhn. gewählt. Eben in diesem Französisch hätte Kleist sein Stück schreiben können, wenn er es in dieser Sprache — die er sehr gut sprach — geschrieben hätte…
Sich von den gegebenen Hinweisen führen zu lassen, angesichts der Abwesenheiten zu schwanken, sich in die Falle locken zu lassen, Gewitter über sich ergehen zu lassen… ja, das habe ich genossen, ohne zu merken, wie die Zeit vergeht…
Ornella, Avignon, 1er juin 2009
En 2006, souhaitant traduire (en allemand) cet aphorisme de Lacan : « L’inconscient est structuré comme un langage », nous avons — au terme d’une réflexion collective — choisi de traduire « comme » par « als » et non par « wie ». « Comme » étant le mot qui faisait question.
En 2007, les apports de chacun ont déplacé notre attention sur le mot « inconscient ». Et — à cette place là de l’aphorisme — s’est imposé le terme « préconscient ». C’est sur ce terme, et uniquement, que nous avons travaillé en 2008.
Dans le chapitre : « Die Vieldeutigkeit des Unbewußten und der topische Gesichtpunkt » de Zur Technik der Psychoanalyse und zur Metapsychologie, nous avons retenu une définition satisfaisante (à ce stade du travail) du Préconscient, donnée par Freud lui-même.
C’est sur ce document — et à partir du chapitre VI : « Der Verkehr der beiden Systeme » — que nous poursuivrons notre lecture cette année 2009.
Ce Séminaire aura lieu le 3ème lundi du mois à Avignon (Vaucluse), à 20 heures
Première séance le lundi 19 janvier 2009
Contact : Michèle Jung – 06 82 57 36 68 – michele.jung@kleist.fr
Nous travaillerons sur les textes suivants :
La pratique de la langue allemande est indispensable.
de janvier à juin 2009, 6 séances
Comme nous l’avions annoncé dans la présentation de notre Séminaire 2009, nous avons continué à travailler — au plus près de la langue de Freud — la distinction qu’il fait entre préconscient et inconscient. Restait à lire et à commenter le dernier chapitre de Zur Technik der Psychoanalyse und zur Metapsychologie[1], à savoir le chapitre VII : « Die Agnosierung des Unbewußten » (L’identification de l’inconscient).
L’introduction des notions de «Sachvorstellung ou Dingvorstellung », comme on préfère, et de « Wortvorstellung» nous a permis de comprendre en quoi une représentation consciente se différencie d’une représentation inconsciente. « L’une et l’autre ne sont pas, écrit Freud, comme nous l’avons estimé, des inscriptions distinctes du même contenu en des lieux psychiques distincts, ni non plus des états d’investissement fonctionnels distincts au même lieu, mais la représentation consciente comprend la représentation de chose plus la représentation de mot afférente, l’inconsciente est la représentation de la chose seule (die Unbewußte ist die Sachvorstellung allein) ».
Et alors… tout naturellement, tout simplement, « le système Pcs apparaît du fait de cette représentation de chose est surinvestie de et par la connexion avec les représentations de mot lui correspondant. Ce sont, nous pouvons le présumer, ces surinvestissements qui entraînent une organisation psychique supérieure, et qui rendent possible le relais du processus primaire par le processus secondaire régnant dans le Pcs. (…) La représentation non saisie en mots, ou l’acte psychique non surinvesti restent alors en arrière dans l’Ics, en tant que refoulés ».
Pour clore définitivement ce sujet, nous dirons que si « L’inconscient est structuré comme un langage », c’est certainement de l’inconscient descriptif — qui comprend le préconscient — dont il s’agit, et pas de l’inconscient refoulé.
En parodiant Freud, je dirai : « Si nous avons effectivement identifié l’Ics et déterminé correctement la différence d’une représentation inconsciente d’avec une préconsciente, nos investigations de cette année n’auront pas été vaines ».
Michèle Jung
Avignon, le 20 décembre 2009
__________________________________
[1] Internationaler Psychoanalytischer Verlag. Leipzig, Wien, Zürich, 1924, pages 232 à 241.